Étude de cas

Nabad : de 1 500 appels manuels à un seul clic

Nabad for Development couvre un territoire immense, de Baalbek-Hermel à la Bekaa, de Beyrouth au Mont-Liban, du Sud au Nabatieh. Ses programmes sont tout aussi vastes : distribution de cash, de vivres et de kits d'hygiène, protection, assistance juridique, éducation. Avec un objectif de 75 000 bénéficiaires, l'organisation faisait face à une question très concrète : comment distribuer l'aide, partager les messages de protection et recueillir les retours des communautés sans que la logistique administrative ne paralyse les équipes de terrain ?

Le poids du manuel

À mesure que Nabad étendait ses interventions, les méthodes traditionnelles ont atteint leur limite. Organiser une seule distribution de vivres ou de kits exigeait un travail colossal. Il fallait appeler chaque bénéficiaire, un par un, parfois jusqu'à 1 500 personnes pour un même événement, simplement pour annoncer la date, l'heure et le lieu, puis enregistrer les données à la main.

« Appeler chaque bénéficiaire, ça coûte énormément », résume Dunia Sakr, Accountability Officer chez Nabad.

En parallèle, la sensibilisation reposait entièrement sur le papier. Les consignes de prévention des abus, les cadres de redevabilité, les messages de sensibilisation circulaient sous forme de flyers distribués sur les sites. Or une personne qui vient chercher un colis pour sa famille se concentre sur ce colis, pas sur une feuille imprimée qu'elle range et oublie. Nabad avait besoin d'un canal qui respecte l'attention et la dignité de ses bénéficiaires, allège la logistique, et centralise son dispositif de redevabilité sur une plateforme durable.

Une distribution en un clic

Parmi les tout premiers partenaires à adopter le SOLIS bot, Nabad a basculé sa stratégie d'outreach du suivi manuel vers la conversation automatisée. Plutôt que de passer des journées entières au téléphone, l'équipe redevabilité compose désormais des diffusions personnalisées. Grâce aux variables dynamiques, chaque bénéficiaire reçoit sa date, son heure, son lieu et les détails qui le concernent, directement sur son téléphone.

« Solis Bot a tout simplifié », confirme Dunia Sakr. L'équipe est passée d'une boucle épuisante d'appels individuels à une coordination logistique menée, selon ses mots, « en un seul clic ».

L'économie est mesurable : remplacer 1 500 appels par une diffusion représente 75 à 125 heures de travail gagnées par distribution, soit 9 à 16 journées d'agent terrain récupérées à chaque événement. Sur dix mois, Nabad a poussé 27 448 diffusions, le plus haut volume de tout le réseau SOLIS. En décembre 2025, au plus fort de la violence, 11 106 messages sont partis en un seul mois, au moment précis où l'accès physique au terrain s'effondrait.

La fin des flyers

En numérisant ses campagnes de sensibilisation, Nabad a changé la nature même de la relation. Les mises à jour sur la prévention des abus, les canaux de signalement et la cartographie des services vivent désormais dans le centre d'information, consultables à tout moment. La fonction audio lève la barrière de l'alphabétisation, en permettant aux personnes peu à l'aise avec l'écrit de recevoir et de comprendre les messages critiques. Pour accompagner l'adoption, l'organisation a même produit une courte vidéo animée qui guide les bénéficiaires dans la navigation du bot.

Un canal de plaintes devenu référence

Au départ, la communauté a hésité. Il a fallu du temps pour que les bénéficiaires fassent confiance au canal et acceptent d'y transmettre des informations personnelles. Puis le bot est devenu l'un des canaux de retour les plus actifs de Nabad. Intégré au mécanisme de gestion des plaintes aux côtés des boîtes physiques, du signalement verbal et de la hotline traditionnelle, il traite en moyenne 200 retours par mois. En mars 2026, là où la hotline gérait 277 demandes, le bot en a traité 185, un basculement que l'équipe qualifie de « spectaculaire ».

Le bilan

Nabad affiche 33 117 utilisateurs uniques, le record du réseau, et un coût d'environ 0,12 € par bénéficiaire touché, le plus bas de tout le réseau SOLIS. Chaque euro dépensé sur le bot a rendu environ quinze euros de temps d'équipe, celui qui serait autrement parti en appels et en déplacements. Et comme la licence est forfaitaire, chaque bénéficiaire supplémentaire fait encore baisser ce coût. Recommanderait-elle la plateforme à d'autres équipes humanitaires ? La réponse de Dunia Sakr est sans détour : « Oui, sans hésiter. »

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